Interdite d'avion pour une histoire d'embrayage...
- Il dit qu'il voit pas le rapport !
- Elle dit qu'il n'a qu'à lire la suite, la connection se fera.
(Waou, les références cinématographiques !)
ou comment trois jours se transforment en une semaine...
Mardi 21 août : 8h30
(Soit une heure avant l'atterrissage du Dash8)
"ça va pas être possible, vous êtes en retard. L'enregistrement est fini."
Le mec de l'enregistrement a encore deux billets jaune et blanc dans les mains qu'il distribue à deux personnes.
"Comment ça, pas possible ? Attendez, j'ai mon billet, vous êtes encore là, les gens n'ont pas embarqué...."
"Vous êtes en retard, revenez demain."
Aucune discussion possible, il a fait passer des gens sans billet juste devant moi. Je suis un peu tendue.
Le bon jour, le bon billet, mais pas le bon endroit ni le bon joint d'embrayage.
Ce matin, après avoir dû pousser la voiture au démarrage avec des jeunes du village, c'est l'embrayage qui a fait des siennes...
PL me console avec un café et une "sorte de" palmier moelleux comme un pain aux raisins, mais sans raisins, et avec de la pâte d'amande qui n'en est pas vraiment une.. si, si, ça console !
Je vais flâner dans Ziguinchor et saluer ceux que j'y re-connais...
Mercredi 22 août : 9h20
Je suis plantée devant le nain de l'enregistrement (il n'est pas nain, enfin il le parait à côté du gros qui l'accompagne.. mais je l'aime pas alors...) depuis maintenant 2h30... cool...
"Mlle Dela...re.., ça va pas être possible" (C'est Delarbre, pauv'con !)
" Comment ça ? Vous m'avez dit hier et il y a une demi heure que c'était bon ! Vous vous foutez de moi ??!!"
A aucun moment il ne me regarde dans les yeux, il ne parle qu'à PL, jamais à moi directement. Celui-là, il ne tombera pas amoureux de mon passeport !
Puis au même moment, un mec m'interpelle. Un de ces mecs qui roule des mécaniques. Mais surtout, lui ça fait 2h qu'il me saoule à me trimbaler d'un côté à l'autre de la salle pour des raisons à la con. On me dit de m'avancer, quand j'arrive on me dit que je ne dois pas rester là. Je pars : on me rappelle.
Shop a pseudo-craqué...
"Mlle, où sont bagages ? Vous devez rester à côté d'eux dans la file, où sont vos bagages ??"
"LA, LA... ils sont LA mes bagages ok ? Tu les vois pas ?!!! Je parle avec le monsieur là ! Il m'a demandé de venir, alors tu me lâches 5 min ok, ça va faire une heure que tu es sur mon dos, laisse moi souffler ! Bon, et vous, vous pouvez me donner une raison valable pour m'empêcher encore une fois de prendre cet avion ??!! Parce que là je suis à bout, vous foutez quoi derrière votre comptoir, hein ?? J'ai pas que ça à faire moi !!! Mes billets sont où bordel !!!"
PL me dit discrètement :"Euh, Stéphanie, je pense qu'il ne vaut mieux pas les braquer..."
Je ne veux pas les braquer, je veux les ÉCLATER ! LN, prête moi tes gants de boxe !!!
" C'est pas possible aujourd'hui, mais demain promis, vous êtes sur la liste."
Jeudi 23 août : 8h45
"Bon, alors, Dela..re.., c'est pas possible pour aujourd'hui."
Delarbre, le nain ! T'es con au quoi ??
Il tend mon passeport et mon billet à PL alors que je suis pile en face de lui et que je lui tends la main... Retenez-moi...
"Attendez, vous nous aviez dit qu'elle était sur la liste ! Elle aurait dû partir Mardi ! Vous nous faites quoi là ? C'est quoi la raison valable, là ?"
Cette fois-ci, c'est PL qui parle. Moi, je suis en respiration forcée dehors. On est debout depuis 5h30. Pas d'eau ce matin, je suis malade, j'ai faim, je suis énervée de voir tous les autres me passer devant... LN, garde tes gants de boxe, je préfère le finir à la batte !
La raison valable c'est que je suis blanche.. et oui, c'est malheureux, mais dans cet aéroport, si j'avais été noire je serai rentrée plus vite. La discrimination inverse, un truc fantastique.
Ajoutez à cela une bonne dose de magouille et vous y êtes : Ziguinchor, pour vous servir !
Au moment où je vous écris, je ne suis plus énervée, ce que je dis je vous assure que c'est vrai. C'est malheureusement du vécu et de l'observé.
Un mec est arrivé alors qu'il ne restait plus de billet, tout le monde avait été jeté dehors. Il a donné son passeport et une enveloppe avec des billets de 10000. Le nain lui a dit non. Le mec lui a dit de regarder l'enveloppe. Mister nabot lui a trouvé un billet. Sûrement celui qui m'était promis, à moi, Toubab...
"Vous comptez revenir quand, Estéphanie ? Bientôt quand même ! On veut vous revoir nous !"
" Houla.. doucement, Jack ! Là, tu vois, j'essaie de me casser déjà..."
On vient souvent à Ziguinchor, alors j'ai sympathisé depuis mon premier séjour avec le staff du petit aéroport. Ils ont honte de voir régulièrement des "Toubabs ou non" coincés pendant plusieurs jours pour d'obscures raisons... ah ah, quel jeu de mot !
Ce coup ci, PL achète du saucisson et du Babybel... je vois donc les choses du bon côté !
En plus, les gens des plantations sont si gentils que tu ne peux pas être en colère contre leur région...
Mais un petit garçon qui faisait la manche a payé les frais.. Il m'a harcelé pendant un bon quart d'heure, jusqu'à ce que je craque cette fois-ci complètement... Cisco :Pédoncule était même moins dure à supporter...
-De l'argent pour manger. De l'argent pour mon cahier à l'école...etc...
- Non.
-De l'argent...
- Je t'ai dit non.
Et cela pendant un quart d'heure.
Mon téléphone sonne : c'est Marie.
-Alors tu vas profiter des beaux paysages puisque tu es bloquée là bas..
-Ah oui ? Ben pour le moment les paysages c'est pas trop ça ! J'ai juste un môme en face de moi depuis un quart d'heure qui me fait chier à me demander de l'argent...
Vendredi 24 août : 8h50
PL a réussi. Il a deux billets en poche. Il est allé seul au comptoir voir le petit nain. Je suis restée dehors et à l'écart. Interdite de comptoir car sinon, une agressivité incontrôlable me prend.
J'ai donc discuté avec les mecs du Staff.
Avant de partir, j'ai voulu aller dire qq mots d'au revoir au nabot mais PL était à côté. Devant son maître de stage, ça le fait pas... A charge de revanche... Rrrrr !
Je suis restée sur mes gardes jusqu'au décollage. Ils débarquent des gens quelques fois. Mais bon, tout c'est bien passé.
J'ai dit au revoir au "staff". Goudomp va me manquer un peu, mais pas tous ceux qui vous hurlent dessus "Toubab, Toubab, donne moi cent francs, donne !" de 6h du matin à 22h.
La Casamance, c'est beau, c'est vert, les gens y sont plus calmes, le climat est plus supportable pendant l'hivernage, mais l'inconvénient : c'est que vous êtes souvent obligé de passer par Ziguinchor dans la plupart des cas... aïe aïe aïe !! lol !!
Enfin voilà, le temps est une notion très aléatoire. Parfois, quelques jours deviennent une semaine.
Je vous rassure. Mon séjour en Casamance a été formidable. Bientôt les photos !
Bisous à tous !
vendredi 24 août 2007
Libérée après 4 jours de captivité
Publié par
Steph et Michel
à
15:22
Répertoire Casamance, news, Sénégal story
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5 commentaires:
J'ai tout simplement été mort de rire ! quelle aventure !!! et quell narratrice ! faut que t'écrives un livre sérieux !
2 commentaires :
- "bienvenue en Afrique" (le blanc a la montre et l'africain a le temps)
- ce genre de sketchs ne se racontent pas, ils se vivent !!!
Bravo pour ton récit...Tu m'as renvoyé, sourire au lèvres, vers les situations caucasses que j'ai aussi vécues.
Tu verras, quand t'y re-penseras, ton sourire se dessinera :)Ca reste gravé...
Ps: sacrée patience tout de même car le nain, je l'aurais vraiment secoué avec ma bouche gabonaise... Jamais !!!
Bisous
Je t'avais dit que l'Afrique c'était l'école de la patience,mais j'étais loin de me douter que c'était à ce point!
Courage ma puce,c'est aussi un peu l'école de la vie!
En tous cas, je suis d'accord avec Jérémy, il faut que tu relates ces aventures car quelle écriture!
Tu as le don de nous tenir en haleine jusqu'au denouement!
On a l'impression d'y être!
Pour ma part, je prends tout cela avec philosophie et j'espère toujours ardemment que tout se passera bien pour toi.
Comme je n'ai pas d'autre choix,je fais confiance à ta bonne étoile, ton self contrôle et ton self-défense car quelle mère ne s'inquièterait pas pour sa progéniture dans de telles circonstances!Je t'embrasse .
A bientôt
je ne suis pas autrement étonné de ta mesaventure car Mas Diop,notre ami Senegalais de Belfort,nous a raconté des histoires semblables pour prendre le bus...te souviens tu?
Je pense que le but était que ton maitre de stage lui graisse la patte...ce qu il a fait probablement!Tout est bien qui finit bien....Meme avis que Dje-dje et Gege,tu as des dons pour la narration ecrite.
bisous et bon courage pour la suite,esperant que pour l aeroport à Dakar cela se passera bien mieux!
Papa
waoooo ça c'est épique!
comment tu fais pour garder ton calme dans ces cas là, parce que je veux bien croire que le pseudo-palmier, le saucisson et babybel ça remonte...mais quand même!!
C'est dingue quand même la mentalité las-bas!
Enfin comme je te l'avais déjà dis, l'écriture, c'est pour toi, ne t'arrête pas!
gros bisous du fond du Gers
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